Salésiens de Don Bosco - Afrique Tropicale Equatoriale

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SDB ATE 2005-2006

 

 

Don Bosco

« Un saint pour aujourd'hui et demain …»

 

Éduquer est désormais un impératif catégorique pour qui veut redonner un avenir aux nouvelles générations qui s'engagent dans la vie au seuil du troisième millénaire et qui ont le droit de rêver et d'imaginer un monde où elles deviendront protagonistes. Mais l'éducation de   la jeunesse n'a jamais été une chose facile, elle l'est encore moins aujourd'hui dans une société remplie de conflits et de contradictions où l'on assiste à la crise des institutions d'éducation. Alors qui enseigne à éduquer ? Beaucoup de monde, et peut-être trop ou trop peu. Don Bosco (1815-1888), l'un d'entre eux, a été proclamé tout récemment comme étant un «  Père et Maître de la jeunesse  » par le Pape Jean Paul II.

Don Bosco, (fils de Marguerite Occhiena et de Francesco, mort à 34 ans, lorsque Jean n'avait que 2 ans), n'est pas un « classique » de la pédagogie du point de vue théorique ; c'est un «  artiste  » éducateur qui ressent le besoin de traduire et d'expérimenter les intuitions profondes issues d'une idée, d'une inspiration et d'une passion : « sauver les jeunes, les aider à construire leur avenir, avec intelligence, mettant à leur disposition sa personne toute entière ».

On peut se demander aujourd'hui, quelles sont les raisons qui ont conduit ce prêtre italien du XIX e siècle, à éduquer ou à rééduquer ? Évidemment, il n'est pas facile d'écrire en quelques lignes les raisons, les crises et les transformations d'une époque complexe qui ont influencé la pédagogie de Don Bosco. Lorsqu'à l'automne 1841, le jeune Don Bosco, tout juste âgé de vingt-six ans, entra dans la capitale du Piémont, ce fut pour lui un véritable choc. Il avait été élevé dans un minuscule hameau, « les Becchi », et avait effectué des études dans une bourgade, Chieri. Et voici qu'il découvre, côtoyant la splendeur du centre-ville, la misère des faubourgs de Turin. Le spectacle des jeunes désoeuvrés l'horrifie. Il le décrivait en ces termes : « En approchant des ateliers et des fabriques, je n'entendis que des refrains grossiers, des propos cyniques, des jurons, des malédictions ; beaucoup de voix enfantines se joignaient, hélas, à celles des adultes. À chaque pas, je rencontrais de jeunes garçons déguenillés, que leurs parents abandonnaient à la corruption de la rue, par négligence, lâcheté, dépravation ou désespoir. En sorte que ces malheureux enfants devenaient soit des mendiants, soit des malfaiteurs. Je rencontrais, encore plus souvent, des bandes de garçons plus âgés hardis et provocants ». Et la situation politique de l'Italie passait d'une organisation politique fondée sur l'absolutisme du pouvoir à une société démocratique. L'exclusion de l'Église dans la gestion de la société et le processus d'unification nationale de l'Italie furent des phénomènes caractéristiques de cette époque.

Une telle description des jeunes ne garde-t-elle pas toute son actualité ? Une telle situation offre bien des points de similitude avec celle que nous vivons aujourd'hui dans plusieurs villes africaines. Après la décolonisation, dans plusieurs États naissent des mouvements de révolutions sur lesquels s'agripperont les partis uniques, heureusement par la force de la démocratisation, encore balbutiante dans plusieurs pays d'Afrique, ces partis uniques sont au début du XXI e des espèces en voie de disparition. Quelques années plus tard, ces mouvements de révolutions se dédoubleront aux mouvements de masse juvénile. On peut se rappeler des discours, des chefs d'États, à la fois pompeux et débordant de certitude confiante, prônant la promotion, l'éducation et l'intégration sociale des jeunes comme les facteurs prioritaires du développement des nations nouvellement indépendantes.

Hélas ! Quelques années après, ces États ne parviennent plus à répondre aux attentes de la jeunesse. La jeunesse devenait un poids insupportable pour les États. À titre d'exemple, on peut citer l'inadéquation voire l'inadaptation des structures scolaires qui aboutira inexorablement à une forte déscolarisation, aux renvois parfois abusifs des élèves et à la proliférations des grèves des enseignants. Les systèmes éducatifs n'étant pas à la hauteur de sa tâche produisent une masse colossale de jeunes, de plus en plus inadaptés, sans professions et sans travail. Ainsi, le développement souhaité de l'enseignement n'a pas donné des résultats escomptés. Dans certains pays, l'État n'est plus capable de payer régulièrement les salaires de ses propres fonctionnaires, sans oublier le poids écrasant de la dette extérieure. Cette incapacité des pouvoirs publics à assurer le bien être des populations s'apparente à une impasse. La situation économique et sociale est plus que précaire ; le chômage est endémique, les pauvres parents n'ayant pas des ressources financières abdiquent à leur primo mission. Certaines familles se désagrégent et s'atomisent… Nous avons ici autant de raisons qui poussent les jeunes à quitter les toits familiaux pour élire domicile dans la rue.

S'il est un mot caractéristique de notre temps, c'est, nous croyons, celui de crise. Et c'est dans un contexte de crise qu'est née la pédagogie de Don Bosco et sa genèse lui confère un caractère d'actualité : la pédagogie salésienne est une pédagogie pour temps de crise . Don Bosco assistait en son siècle à l'émergence de la société industrielle, à l'unification politique de l'Italie qui venaient bouleverser les valeurs du monde campagnard… Et les jeunes, qui n'arrivaient pas à trouver leur place dans ce monde, faisaient planer une menace sur l'ordre social. Le désoeuvrement conduit à tous les écarts ! Et dans les périodes de changement sociopolitique, ce sont toujours les plus pauvres qui sont marginalisés. Don Bosco comprit l'urgence de la situation et son regard salésien lui fit voir dans ces jeunes, non pas un problème, mais une chance pour la société de demain.

L'action de Don Bosco se déroule au cœur de ce qu'on appelle «  le siècle de la pédagogie : le XIX e siècle  ». Le climat de renouvellement profond créé au siècle des Lumières, par Rousseau, le phénomène de Risorgimento italien, poussa les États à s'intéresser à l'école, à l'éducation populaire, à la politique scolaire. Don Bosco ne resta pas étranger à ce monde en fermentation : la contribution qu'il apporta utilise les requêtes les plus profondes du moment historique. Si Don Bosco ne peut certainement pas être placé au même niveau que les grands théoriciens de la pédagogie, le succès durable de son « système éducatif » aux côtés d'autres systèmes pédagogiques réputés ne cesse d'étonner.

Don Bosco, on le sait moins, fut un authentique pédagogue . Sans léguer à ses successeurs une théorie fortement élaborée exposée dans des traités savants, il n'a pas mené son action auprès des jeunes les plus pauvres de façon aveugle, mais il a donné à ses disciples des orientations précises. Si précises qu'elles ont formé un système pédagogique cohérent, «  le système préventif  », dont beaucoup découvrent la grande pertinence pour répondre aux besoins éducatifs de notre temps.   Très attentif à la vie, Don Bosco s'est toujours méfié de didactique en la matière. De fait, comme le souligne un de ses biographes, son livre ce fut sa vie. Il vécut sa pédagogie, après se l'être incorporée par l'expérience. Pour Don Bosco, l'éducation n'est pas d'abord affaire de théorie, mais avant tout une pratique. En ce sens, «  elle relève plus de l'art que de la science  ». Il ne doit pas être tant question de «  savoir  » que de «  savoir faire  ». L'approche salésienne de cet art éducatif est pragmatique et humaniste. Et là encore, elle semble adaptée aux nécessités d'aujourd'hui, car seule une approche pragmatique et humaine permet de rendre compte de la complexité, sans tomber dans les pièges des tentatives de réduction unidimensionnelle.

Les dimensions fondamentales de cet humaniste pédagogique a caractère intégral de Don Bosco sont synthétisées par lui dans sa formule trilogique : «  Ce système s'appuie entièrement sur la raison, sur la religion et l'affection  ». Don Bosco résume par ces trois mots sa sagesse et sa longue expérience pédagogique d'éducateur de très nombreux jeunes. La raison  : La raison pour tous, jeunes et adultes, d'agir avec intelligence, de pratiquer un sain réalisme, de développer le bon sens, de négocier, de prendre des risques réfléchis, sens exclure une pointe d'humour, surtout aux moments où s'installe de la tension dans les relations. La religion  : La proposition des valeurs évangéliques peut contribuer réellement à une vie sociale équilibrée. Ainsi il nous est possible et même indiqué de ne pas négliger ce qui peut constituer un élément de référence et de motivation dans le monde d'aujourd'hui en tenant compte du contexte interculturel, interreligieux. L'affection  : «  Sans affection pas de confiance : sans confiance pas d'éducation  » disait Don Bosco. L'éducateur manifeste au jeune une affection ajustée car il sait combien les jeunes qui ne reçoivent aucun signe en ce sens se sentent dévalorisés.

Sans recherche de style, mais non sans avoir pesé ses mots, Don Bosco disait le plus souvent vouloir former « de bons chrétiens et d'honnêtes citoyens  ». Tel est son programme aussi bien dans ses écoles d'une Europe encore chrétienne du XIX e siècle que dans les missions qu'il fondait en dehors de l'Europe. Le but ultime de toute vie humaine étant le salut éternel, le bon chrétien est celui qui, par la grâce de Dieu sera sauvé. Pour une société qui se démocratisait peu à peu, Don Bosco voulait former de bons chrétiens qui soient d'honnêtes citoyens. Le « bon chrétien » n'est cependant pas un étranger à la société civile. Il en est au contraire membre à part entière et doit travailler comme tous les autres membres à son bien, sans lui être ni nuisible, ni pesant.

Canonisé en 1934 , Don Bosco a proposé un chemin de sainteté orignal : faire de l'activité éducative le lieu de l'expérience de Dieu, et faire de l'expérience de Dieu, la source de l'inspiration éducative, c'est-à-dire entrer dans la dynamique «  d'évangéliser en éduquant et éduquer en évangélisant  ». On ne peut dissocier ce qui appartient au domaine de l'éducation et à celui de l'évangélisation.

Aujourd'hui, quand les modèles pédagogiques les plus valides dans les secteurs de la lutte contre les formes d'exclusion et de dépravation des jeunes semblent être ceux qui s'inspirent de la notion de la prévention, le système de Don Bosco revient avec force sur le devant de la scène. À l'heure où l'ampleur des mutations, d'ordres économique, politique et culturel rend l'avenir incertain et lourd d'angoisses, à l'heure de l'explosion de la jeunesse dans nos villes, dans nos quartiers défavorisés constitue une menace pour la cohésion sociale, la pédagogie salésienne vise à une éducation dans la confiance  : confiance offerte aux jeunes d'aujourd'hui, confiance en l'avenir, au moment même où il devient urgent de relever les défis de cet avenir à construire… De milliers d'hommes et de femmes, dans le monde entier, continuent à s'inspirer de très près de la vie et de l'action de Don Bosco pour mener leur tâche éducative auprès des jeunes.

Paraphrasant Jean de La Fontaine, nous osons dire : « Gardons-nous de vendre l'héritage que nous a laissé Don Bosco. Un trésor est caché dedans… Et Don Bosco fut sage de nous montrer avant sa mort que l'éducation est un trésor…» Don Bosco est un saint pour aujourd'hui et demain

Grégoire Marie KIFUAYI, sdb
Testaccio-Rome