Salésiens de Don Bosco - Afrique Tropicale Equatoriale

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SDB ATE 2005-2006

Une vision du temps de l'Avent pour les jeunes
Père Alphonse Owoudou

Dans la vie chrétienne, l'Avent n'a pas seulement une valeur de célébration ou de rituel: c'est une étape qui nous dit quelque chose de plus essentiel, quelque chose qui caractérise radicalement l'existence des chrétiens dans le temps, dans l'histoire. Et cette dimension de l'histoire est particulièrement importante pour la tranche sociale encore en croissance, ergo pour les adolescents et les jeunes. Dire Avent, en effet, ce n'est pas indiquer une partie de l'itinéraire annuel liturgique tout simplement, mais exprimer l'identité spirituelle profonde de la vie chrétienne surtout, par rapport à l'histoire humaine et l'histoire de salut. C'est une condition essentielle, propre et spécifique des disciples de Jésus, appelés à vivre dans l'attente de sa venue et dans le contexte quotidien de vigilance, de rapidité, de préparation pour quelque chose ou pour une personne fondamentale pour notre existence.

Mais comment faire de cette situation de disciples une attente, et de l'attente un Avent, c'est-à-dire une attente vraiment chrétienne? Nous faisons référence à la vie des jeunes d'aujourd'hui, et nous nous demandons comment l'Avent, comme temps fort pour les croyants et proposition d'une dimension de vie, peut les aider dans leur parcours de croissance et de mise au point existentielle.

L'Avent chrétien est surtout un rêve devenu réalité. L'éternité de Dieu accueillie dans le temps, révélation continue de la nouveauté qui est en train de se réaliser dans la vie de chaque homme et de chaque expérience interpersonnelle. "Là où deux ou trois se rassemblent, je viens au milieu d'eux", disait Jésus. Là où deux ou trois jeunes veulent faire expérience de leur foi et de leur combat, Jésus vient. Ne faudrait-il pas dire qu'il les précède? Eh oui. "Dis à mes frères que je les précède. c'est là qu'ils me verront!" Comme le disait un jeune africain aujourd'hui connu comme "Saint Augustin", le chrétien qui se fait Avent est celui qui "chante et marche." Celui qui s'attarde ou qui s'arrête, découragé et sans perspectives, ne vit pas l'Avent, et en un mot, il ne vit pas du tout. Quand on cesse d'espérer, d'attendre, de "tendre vers", on n'est plus bon à rien. Nous voulons, nous, continuer d'attendre et de nous impatienter. Parce que l'Avent est attente totale et permanente, engagement débordant d'attente et de passion. Oui, d'impatience. Quand viendra donc Celui que mon coeur aime?

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B. Forte écrit: "Le Dieu de la foi hébraïco-chrétienne est le Dieu de l'Avent, l'Eternité qui a du temps pour l'homme. En venant dans l'histoire, il ouvre le chemin; il allume la flamme de l'attente, il vient renouveler la grande promesse de l'accomplissement. Donc, son Avent est "révélation": un dévoilement, un avènement, un chemin inauguré, une tension devant une absence pleine de Sa présence discrète, et réelle. Proche."

L'Avent consiste à ne jamais perdre de vue ce que nous sommes, ni pour qui nous vivons. Ce n'est pas l'attente pure, ou le simple fait de "tuer le temps"... l'attente de la fin, (du coup de sifflet final!). Il s'agit d'accueillir et de vivre l'éternité de Dieu dans le temps et dans le milieu où nous sommes insérés, comme salut - les théologiens diraient comme "kairos" - en faisant de notre vie plus qu'une succession chronologique d'événements de l'histoire personnelle et commune sans signification aucune mais, dans la dialectique chrétienne du "déjà et pas encore", l'endroit ponctuel et permanent de l'attente et de la découverte continue de Celui qui vient, parce qu'il est déjà venu, et ne tardera ni ne manquera pas de venir encore. Le rendez-vous de Dieu avec l'homme se situe donc au début et à la fin de l'histoire, et de chaque histoire, mais il prend aussi la configuration de chaque instant et de chaque étape importante de chaque projet de vie. L'expression de saint Pierre "Devant le Seigneur un jour est comme mille ans et mille ans comme une journée" (1P 3,8-14) nous permet de comprendre combien d'efforts nous devons fournir pour ajuster notre gestion du temps et de la vie à la lumière de l'éternité présente et de la présence éternelle de Celui qui vient, et qui viendra.

Nos jeunes sont nés et grandissent aujourd'hui "respirant" une mentalité et un horizon culturel dont le potentiel d'attente est très exigu à cause de la focalisation presque obsessionnelle de leur (notre) société postmoderne sur le présent, et en raison de l'indifférence envers le passé et ses acquis, l'incertitude envers l'avenir et les projets à long terme. Nous tendons en effet, jeunes et adultes, à refuser la nécessité des lents mûrissements selon le rythme du temps, et nous finissons par nous trouver fragilisés dans nos va-et-vient entre le "tout, tout de suite" impatient et anxieux d'une part, et le "à quoi bon?" déprimé et démissionnaire, résigné devant les défis et les exigences d'une humanité toujours formidablement plus complexe et sophistiquée. Mais le Dieu de l'Avent nous tient compagnie et nous purifie dans nos attentes; il nous y offre l'exemple de beaucoup de témoins au long de l'histoire, hommes et femmes, jeunes et moins jeunes qui ont su "attendre" et "se préparer" (se tenir prêts) pour quelque chose, pour une cause, pour Quelqu'un. Pour nous aussi et nos enfants d'aujourd'hui, Dieu ouvre continuellement les perspectives de la croissance à l'école de Jésus de Nazareth, "Le Maitre des Maitres" comme l'appelle le psychologue Latino Augosto Cury, à l'école de Celui qui est "venu" conduire chaque jeune et chaque adulte au mûrissement des vrais désirs de vivre à fond et de "devenir" libres. On n'"est" pas libre (la liberté n'est pas un état stable, mais une conquête, une aventure). On devient libre: on le "de-vient". car les hommes libres vont et (de)viennent. Comme le vent, comme l'Esprit, comme le Souflle de Dieu... Ils sont des hommes en marche, comme disait saint Augustin. Ils marchent, ils chantent, ils aiment. Vainqueurs, comme le Christ. Toujours "en chemin vers". Vers un idéal, vers un rêve, vers l'Absolu. Les jeunes savent peut-être mieux que nous, adultes entourés de mille protections, que la vraie prison, le véritable esclavage, le plus dramatique des exils, ce n'est pas quand nos désirs ou nos rêves ne se réalisent pas (on a tout le temps devant nous, quoi qu'on dise), mais seulement quand on ne s'interrogera plus sur la raison de cet exil. Le drame d'une liberté et d'un être humain encore plein de possibilités (et qui donc n'en a plus, franchement?), c'est quand nous avons appris, comme Israël en Egypte, à supporter l'esclavage, à survivre, à nous protéger, à négocier ou à collaborer avec celui qui nous ravit notre dignité. Combien de jeunes sont déjà vieillis à défaut d'espérance et devraient entendre quelqu'un hurler que nous ne sommes pas créés pour supporter ni pour survivre. Nous ne sommes pas ici pour ramasser par-ci par-là des miettes de plaisirs, très souvent volées au prix de notre conscience. Non! Nous sommes créés pour le bonheur, pour être debout, pour marcher, pour courir, pour sauter, pour vivre. Ensemble et en attente. Et la promesse dit qu'il y a mieux encore à venir.

Dans le contexte sécularisé, où même nos jeunes d'Afrique s'évertuent à s'infiltrer, les statistiques disent qu'environ un tiers des adolescents et jeunes aujourd'hui accusent une claire incapacité de planifier et préparer leur avenir. Ils vivent au jour le jour, brebis égarées en plein milieu de notre société multicentrique et relativement anonyme, déboussolée (ou plutôt embarrassée devant trop de boussoles contradictoires) et sans perspectives. Même si la jeunesse a toujours su déjouer les pronostics pessimistes des adultes sceptiques envers son sérieux, il y a de fortes raisons d'affirmer avec certains observateurs comme Cospes (1995) qu'il n'est pas facile d'être jeune aujourd'hui, que ce n'est pas une mince affaire de grandir dans la culture de l'ennui et de l'aplatissement.

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Celui qui croit en l'Avent de Dieu et dans le Dieu de l'Avent ne peut pas éviter de lever la voix, non seulement pour crier sa souffrance, mais surtout pour annoncer la consolation et l'espoir pour tous et avant tout pour les plus fragiles. Il se fait Avent ou mieux, il vit de l'Avent de Dieu dans le temps et particulièrement chaque jour, celui qui indique et témoigne, comme les prophètes d'hier et d'aujourd'hui, le "voici" du salut qui vient et qui commence par la capacité d'espérer, de rêver, de se mettre au travail et de s'abandonner dans les mains qui nous ont façonnés. Nous nous rappelons le début de la prédication d'Isaie, au chapitre 4. On pourrait le traduire ainsi: "Consolez, encouragez mes jeunes... annoncez-leur qu'ils n'ont plus rien à craindre... voici votre Dieu! Le Seigneur Dieu vient avec puissance. Voici... Il apporte avec lui une surprise pour vous." (Is 4,1). C'est le message et le témoignage d'une découverte qui console des souffrances passées et dessine un nouvel horizon pour demain. Au long de l'histoire des disciples de Jésus de Nazareth, c'est toujours le "Big Bang " de l'espoir qui a transfiguré le coeur des grands prophètes de notre temps: Don Bosco, Martin Luther King, Nelson Mandela, Mère Teresa, Jean-Paul II, Frère Roger de Taizé... Chaque jeune peut constater, parmi ses amis et ses vedettes préférées, que seul celui qui est "positif", c'est-à-dire qui rayonne d'espoir, manifeste une raison de vivre, et la fournit, sans s'en rendre compte, à ceux qui l'observent de près ou de loin. On ne transmet aux autres que ce qu'on a. Et lorsqu'on a, Jésus promet qu'on en recevra davantage. Comme dans la parabole des talents. des talents qu'on doit cultiver et faire fructifier pendant l'attente, pendant l'Avent de notre vie. Peu importe qu'on en ait reçu un, deux, quatre, dix ou cent. Vraiment, peu importe.

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Le temps de l'Avent est dominé par deux figures que les jeunes connaissent bien à cause du charme de leur style de vie et de la force intérieure qu'elles ont eue dans leur jeunesse pour élaborer un projet de vie et de le maintenir jusqu'à la fin, malgré le prix à payer: Jean le Baptiste et Marie. Un jeune croyant peut devenir le signe "voici" quand il est symbole d'une existence. Symbole d'un Avent vécu à travers l'accueil de l'invitation à "préparer, à "redresser, à "convertir" nos attentes et nos projets devant la "Bonne Nouvelle " qui a marqué l'histoire et le temps de l'humanité. Jean et Marie ont joué leur rôle dans cette histoire, vis-à-vis de Celui qui devait venir et dans le contexte de leur communauté de prière. Ils ont "préparé ses chemins", ils ont conduit leurs proches vers lui: "Tout ce que mon fils vous dira...; Voici l'Agneau de Dieu." Chaque croyant, chaque jeune chrétien, peut marcher à la lumière de ces grands croyants qui sont devenus un appel, un signe, une invitation, un encouragement, un "voici", une étoile qui mène au Dieu fait chair.

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Vivre l'Avent de Dieu à la rencontre du Dieu de l'Avent, ce n'est pas un simple devoir: c'est une joie et une passion. Comme celle d'un coeur qui attend son autre "moitié", mais ici il s'agit d'attendre son "tout", son "Tout" avec majuscule! Quelqu'un disait que les jeunes ne savent pas attendre. C'est une généralisation, donc. Il existe bel et bien autour de nous des jeunes veilleurs, les "sentinelles du matin" dont Jean-Paul II rêvait, jeunes témoins qui, à travers les sacrements et un engagement quotidien éclairé par la Parole, ont "fait le plein" d'espoir. Il n'ont certainement pas vu Dieu face à face, ni ne sont restés quelque matinée entière devant le Saint-Sacrement comme Dominique Savio, mais ils ont appris à laisser Dieu marcher avec eux chaque jour, parce qu'ils entendent dans sa Parole un langage proche et en même temps un discours qui s'adresse à eux, qui est "pour" eux. Devenir jeune en attente est une autre façon de vivre à fond sa jeunesse, comme un "déjà et pas encore" qui s'insère dans l'aventure avec son Créateur. C'est aussi prêter sa voix à la Parole qui veut toucher les coeurs des autres jeunes pour en faire des hommes et femmes de parole et de La Parole. La Parole à travers laquelle le Dieu indicible s'est raconté dans nos langues et dans notre langage. Il est sans cesse Celui qui vient, le venant, devrait-on dire, qui choisit passionnément et obstinément d'habiter parmi nous et de nous enseigner non seulement comment et pourquoi être positifs et pleins d'espoir aujourd'hui, mais à "marcher en chantant", de plus en plus prêts à endosser la responsabilité d'être les adultes croyants, confiants et responsables, de demain, l'aujourd'hui (de Celui) qui vient. - (hautdepage)