CATHOLIQUES ET PROTESTANTS: Ce qui nous unit, ce qui nous sépare...

Nous présentons ici très schématiquement les principaux repères, sans entrer dans la réflexion et les discussions théologiques.

Ce qui nous unit

C'est de loin le plus important. On pourrait dire 90 % de notre foi. A savoir :

Notre référence à la Bible comme Parole de Dieu.

La seule différence concerne ici certains livres de l'Ancien Testament, «deutérocanoniques» par les catholiques.

Notre foi en Jésus-Christ et en l'Église universelle, son « Corps » spirituel, communion de tous ses disciples, par-delà les frontières des diverses dénominations.

L'obéissance à la volonté de Dieu selon la loi évangélique et les béatitudes.

En tout cela, catholiques et protestants sont vraiment FRÈRES EN CHRIST. En ce sens, avant d'être catholiques ou protestants (ou orthodoxes, ou pentecôtistes), nous sommes d'abord CHRÉTIENS.

Ce qui nous différentie

La grande différence entre catholicisme et protestantisme, c'est la part de l'homme dans sa réponse à Dieu.

Le protestant aura tendance à minimiser la part de l'homme et à s'en méfier, l'homme étant tenu comme foncièrement contaminé par le péché. Le danger ici est de sous-estimer la collaboration de l'homme à l’œuvre de Dieu (doctrine de la justification par la foi sans les œuvres). Dans la manière de lire la Bible, cela peut aboutir au littéralisme biblique (fondamentalisme), et à un rigorisme sec, quelque peu déshumanisé.

Le catholique prendra plus au sérieux la part de l'homme et de Dieu dans l'humanité (sacrements), l'homme étant considéré comme sauvé et transformé par la grâce. Mais attention aux abus, dont le risque d'humaniser à l'excès la foi et la piété, notamment à travers le ritualisme, les objets de piété, l'abus des sacramentaux ou la sacramentalisation à outrance.

Nos différences se trouvent essentiellement dans la place accordée à l'Écriture Sainte et à l'Église.

Pour le protestant, la Bible est la seule autorité ou norme de la foi, selon le célèbre mot de Luther, « Scriptura sola ». Toute la Révélation est contenue dans l'Écriture SEULE. Dès lors, ce qui n'est pas dans la Bible ne fait donc pas partie de la foi.

Pour le catholique, la Bible est à recevoir et à comprendre dans le cadre de l'Église et de sa grande Tradition guidée par l'Esprit Saint. Ainsi donc, la Révélation ne se réduit pas à la Bible. C'est la Bonne Nouvelle du salut consignée dans la Bible et transmise par la Tradition apostolique et par l'Eglise.

Nous constatons ici que l'Église est conçue différemment dans le protestantisme et dans le catholicisme.

Dans le protestantisme, l'Église est principalement la communauté des fidèles.

Dans le catholicisme, l'Église est aussi « mère éducatrice » et « sacrement du Christ », notamment à travers la Tradition et ses organes visibles : les sacrements, son Magistère (son autorité morale et spirituelle), son gouvernement (présidé par le pape), la succession et la collégialité des évêques.

EN BREF
Le protestant dit: « la Bible SEULE » Donc LA RÉVÉLATION = LA BIBLE

Le catholique dit : « la Bible DANS L'ÉGLISE » Donc LA RÉVÉLATION = LA BIBLE

LUE ET COMPRISE DANS L'ÉGLISE

Le nombre des livres bibliques ou "canoniques"

Pour l'Ancien Testament, il y a une petite différence entre les bibles catholiques (Trad. de Jérusalem par ex. ) et protestantes (Trad. Louis Segond, Darby, etc.).

Alors que, dans le protestantisme, la Bible compte en tout et pour tout 66 livres, les bibles catholiques ont, en plus, 7 à 8 livres: Judith - Tobie - l et 2 Maccabées - Sagesse - Siracide (Ecclésiastique) - Baruch (et quelques passages de Jérémie, Esther, Daniel ).

Les catholiques considèrent que ces livres sont d'inspiration divine; ils sont "canoniques", puisque faisant partie du "canon" ou de la liste officielle des Saintes Écritures (« canon » = "règle" en grec). Les protestants ne les reconnaissent pas comme tels, et les nomment « apocryphes » (= "cachés", d'origine douteuse ).

D'où vient cette différence ?

Déjà avant Jésus-Christ, les écrits de l'Ancien Testament existaient sous deux versions différentes : une version hébraïque, et une version grecque (La "Septante", utilisée par les juifs dispersés dans le monde grec). Cette version grecque comprenait, en plus de la version hébraïque, les écrits mentionnés ci-dessus, rédigés uniquement en grec.

L'Église des premiers siècles a reconnu comme inspirés les livres rédigés en grec, les appelant "deutérocanoniques", car étant seconds dans le canon des Écritures.

De leur côté, les juifs de Palestine n'acceptaient que le canon hébraïque. C'est ce canon qu'adopta Luther.

Quoi qu'en pensent certains, ces livres s'inscrivent parfaitement dans la pensée biblique et sont riches d'enseignements (Sagesse, Tobie ).

QUESTION: Comment se fait-il que tant de chrétiens. qui se réclament tous de la Bible et de l'Esprit Saint, soient encore divisés? Une des raisons n'est-elle pas la manière de lire la Bible et de l'interpréter? Tant de disparité et de divisions dans le peuple de Dieu ne nous poussent-elles pas à souhaiter une référence sure et ferme dans la compréhension de la foi et le gouvernement de l'Eglise?

N'est-ce pas ici que l'on peut comprendre au mieux l'importance de la grande Tradition chrétienne et du siège de Pierre comme facteur d'harmonie et d'unité?

L'avis d'un frère protestant sur le pape

Lors d'une rencontre en 1993, le grand théologien luthérien Wolfhart Pannenberg déclare: "Je trouve le point de vue de mes frères protestants sur le Pape souvent trop souvent 'provincial' et borné... Nous devons reconnaître la position particulière qu'il faut bien accorder au siège de Pierre car, qu'on le veuille ou non, Rome est le centre historique di christianisme. Que le Pape envisage son ministère comme serviteur de la communion! La chrétienté est toujours menacée par la désunion. Elle a donc toujours besoin d'un service de l'unité, aussi bien à l'échelle locale (le ministère épiscopal) qu'au plan universel: si ce service était compris par l'évêque de Rome comme rôle prioritaire, ce serait une bonne chose pour toute l'Eglise. Imaginez une communauté chrétienne, quelle qu'elle soit, qui soit visitée par l'évêque de Rome, non comme un puissant mais comme uns serviteur de l'unité: croyez-vous qu'elle le rejetterait? Je ne le crois pas."(Cité par Daniel-Ange in Guetteur: Les feux de l'aube, p. 182).